Ma démarche artistique s’inscrit dans une réflexion sur le statut de l’image et sa relation au temps. Initialement développée à partir de procédés photographiques anciens et de techniques alternatives, elle s’est construite dans un rapport physique et attentif à la matière, à la lenteur des processus, à l’instabilité des supports. Ces pratiques ont façonné une conception de l’image comme médium fragile et objet unique.
En réponse culturelle à la saturation visuelle contemporaine, cette recherche de singularité s’est déplacée vers une posture de retenue. Suspendre ma propre production s’est transformé en geste critique, ouvrant la voie à un travail de réactivation d’archives. J’explore aujourd’hui des photographies vernaculaires sur verre du début du XXᵉ siècle, dont la fragilité intrinsèque rend perceptible l’épaisseur du temps. Altérations, fissures et effacements y deviennent des signes actifs, porteurs d’une mémoire en transformation et d’une poésie presque palpable.
Par des opérations de stratification et de recomposition, chaque œuvre est pensée comme un palimpseste, où se croisent survivances et disparitions, ombre et lumière, passé et présent. La notion d’absence-présente traverse l’ensemble de ma démarche : créer à partir des manques, dans une sobriété sensible du regard, attentif à ce qui persiste et à ce qui demeure.
